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Critiques rédigées par Olivier

 

Oeuvre non trouvée

note: 5Bijou orphelin Olivier - 20 mars 2019

Une année de la vie de Capucine, jeune trisomique de 8 ans dont le papa refuse de voir le handicap.
Des aléas éditoriaux puis la mort de Taniguchi ont laissé ce tome 1 orphelin. Il demeure cependant un bijou, émouvant et juste, sans sensiblerie ou fausse compassion

Commando colonial n° 1 (Appollo)

note: 5A la guerre comme à la guerre Olivier - 13 mars 2019

Les trois tomes de "Commando colonial" datent d'il y a 10 ans mais les aventures de ces deux agents secrets de la France Libre, de Madagascar au Sahara en passant par les Kerguelen, n'ont pas pris une ride : héroïsme, cynisme et grande Histoire, avec Brüno (Tyler Cross) déjà génial au dessin. Un régal

guerre des amants (La) n° 2
Bleu Bauhaus (Jack Manini)

note: 5Pour l'amour de l'art Olivier - 20 février 2019

Une très belle histoire d'amour en 3 tomes dans une Europe en ébullition (de 1917 à 1945), avec l'Art comme fil rouge. Ce tome 2 passionnant nous fait découvrir le Bauhaus, école révolutionnaire qui se heurtera vite à la montée du nazisme.

Carnet du Pérou (Fabcaro)

note: 5Sur les traces de Tintin Olivier - 6 février 2019

Envie de voyager ? Pourquoi pas le Pérou? Fabcaro vous propose son carnet de voyage en BD. Et comme c'est du Fabcaro, est-il besoin de préciser qu'il n'y a jamais mis les pieds? Parodie drôlissime des récits de voyage introspectifs, avec un clin d'oeil hilarant à Tintin (Le temple du soleil)

Pereira prétend (Pierre-Henry Gomont)

note: 5Littérature et BD au plus haut Olivier - 23 janvier 2019

Gomont adapte ici avec maestria « Pereira prétend » d’Antonio Tabucchi, un roman sublime sur l’étouffement progressif des libertés dans un régime dictatorial, celui du Portugal en 1938, et sur l'éveil à la résistance d'un simple citoyen. Quand la BD rejoint la littérature et BD au plus haut.

Un zoo en hiver (Jiro Taniguchi)

note: 4Les débuts d'un mangaka Olivier - 17 janvier 2019

Taniguchi nous a quittés il y a 2 ans mais ses albums nous accompagneront pour la vie. "Un zoo en hiver" est une fiction aubiographique sur ses débuts de mangaka dans les années 60. Sensible, instructif, élégant... bref, excellent, comme toujours.

Il faut flinguer Ramirez n° 1 (Nicolas Petrimaux)

note: 4Electroménager explosif Olivier - 16 janvier 2019

Arizona 1987. Employé modèle, un tranquille réparateur d'aspirateur pourrait bien être un dangereux tueur à gages recherchés par les cartels pour trahison... Hommage parodique aux films d’action US des années 80, dessin virtuose et rythme d'enfer : une belle surprise.

Ailefroide (Olivier Bocquet)

note: 5Un sommet de la BD en 2018 Olivier - 2 janvier 2019

Rochette a partagé sa vie entre la peinture et la BD. Mais à l’adolescence, c’est à l’alpinisme de haute montagne qu’il se destinait. Pourquoi gravit-on des sommets, au prix de risques souvent mortels ? Autobiographie passionnante et émouvante à lire absolument.

petite bédéthèque des savoirs
Crédulité & rumeurs (Gérald Bronner)

note: 5Votre cerveau vous trompe! Olivier - 7 décembre 2018

Vous pensez être suffisamment informé et attentif pour ne pas être manipulé par les autres? Sachez que votre cerveau est le premier à vous tromper! Excellente BD documentaire pour découvrir les biais de la perception.

Oblivion song n° 1
chant de l'oubli (Le) (Robert Kirkman)

note: 4Oubli ou résilience? Olivier - 28 novembre 2018


Nouvelle série de science fiction de Robert Kirkman, scénariste vedette depuis « Walking dead »

Récit très plaisant, avec deux mondes très différents et un héros qui navigue entre les deux. Les personnages sont bien définis et riches de tourments donc intéressants. Cela demande un peu d’attention au début pour comprendre la situation mais ensuite l’histoire progresse fluidement, avec de bons coups de théâtre. Comme par exemple le fait que certains humains transférés dans ce monde parallèle chaotique et hyperdangereux préfèrent... y rester et ne pas rentrer!
Quelques autres questionnements enrichissent le scénario : Quels risques doit-on prendre pour sauver d’hypothétiques survivants ? À quel coût ? Se remet-on vraiment d’un épisode aussi traumatique ? Peut-on recommencer sa vie à zéro dans un autre monde ? Faut-il essayer de comprendre les origines de la catastrophe, quitte à peut-être aggraver la situation voire détruire l’humanité ?

Et si l'amour c'était aimer ? (Fabcaro)

note: 5Et si l'humour c'était Fabcaro? Olivier - 11 juillet 2018

Fabcaro publie de drôles de BD depuis plus de 15 ans mais connaît un succès amplement mérité depuis peu. Son humour absurde et hilarant s'avère sans équivalent. A une époque où le sarcasme permanent irrigue nos sociétés, les comiques sur scène ou à la télévision sont souvent devenus prévisibles et ratent donc leurs cibles.
Les histoires et les gags de Fabcaro, délicieux mélanges d'absurdité et de satire espiègle, vous surprennent comme un coup de poing, heureusement enchanteur. On éclate littéralement de rire au détour d'une page ou d'une case.
Si cet album sur l'amour avec une esthétique de roman photo est particulièrement réussi, ses autres ouvrages sont également à découvrir de toute urgence et à lire, à relire et relire...

Souvenirs dormants (Patrick Modiano)

note: 5Souvenirs bien vivants Olivier - 27 mars 2018

Les souvenirs sont dormants pour Patrick Modiano mais se réveillent par fragments, au hasard des rencontres, des rêveries ou de promenades dans Paris. Ces fragments de vies, pièces d'un puzzle dont il n'est pas nécessaire de reconstituer l'ensemble, semblent anodins voire insignifiants mais ils dressent des portraits sensibles et vrais d’existences qui pourraient être les nôtres.

Après le décevant (à mes yeux) « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier », sorti en 2014 l'année de son Prix Nobel de littérature, Modiano nous offre à nouveau un bijou littéraire en tout point fidèle à son œuvre : un style inimitable au service de l'art de la mémoire et des (petites?) destinées humaines.

L'écriture de Modiano peut dérouter certains. Une forme fluide et élégante sert un propos apparemment vaporeux et fragmenté mais qui vous pénètre cependant peu à peu jusqu’au fond de l'âme.

Un grand écrivain, c'est avant tout un style et de la profondeur... Aucun doute donc concernant Modiano, avec ou sans Nobel. Vous pouvez également lire de lui sans hésitation « Dora Bruder » et « Un pedigree ».

Enquêtes générales (Raynal Pellicer)

note: 5La police au coeur Olivier - 16 mars 2018

Vous trouverez ce livre au rayon bandes dessinées même si ce n'en est pas vraiment une : il s'agit plutôt d'un récit en bonne partie dialogué et illustré de superbes dessins de Titwane.
Raynal Pellicer, documentariste, a suivi en immersion pendant plusieurs mois des policiers et nous raconte leurs enquêtes en détails. Mais nous sommes ici loin des innombrables reportages télés où les images chocs priment et où la présence de la caméra modifie forcément les comportements.

Le journaliste et le dessinateur nous plongent au cœur de l'humain. Les policiers de la brigade de répression du banditisme y révèlent tout autant leurs pratiques que leurs personnalités. Leurs humeurs, leurs convictions, leurs singularités mais aussi leurs doutes sont parfaitement restitués au lecteur, loin de tout voyeurisme. Les interrogatoires des suspects, paroxysmes émotionnels des enquêtes, ressemblent à des duels de théâtre, parfois tragiques, parfois grotesques.

Le résultat, passionnant et sensible, vaut largement un très bon polar ou les meilleures séries télé américaines. Un deuxième ouvrage en immersion à la brigade criminelle est également disponible.

Fire punch n° 1 (Tatsuki Fujimoto)

note: 5Il brûle de se venger ! Olivier - 2 mars 2018

Un futur glaciaire dévasté par la famine, quelques humains dotés de superpouvoirs, la dictature et la violence omniprésentes et un héros au corps perpétuellement incandescent qui brûle de venger la mort de sa sœur… Du déjà-vu ? A priori oui. Mais cette nouvelle série va vous saisir dès la première scène et le plaisir ne vous lâchera plus.
Ce manga est évidemment réservé aux adultes en raison des nombreuses scènes de mutilations ainsi que du grand nombre de détraqué(e)s en tous genres qu’on y croise. Mais cette série certes très brutale joue la surenchère avec un second degré finalement assez drôle. Notre goût pour les histoires de (super)héros et la violence gratuite est astucieusement moqué. Fluide, rythmée, imprévisible et originale, cette histoire a impressionné les critiques et les lecteurs du monde entier. Son jeune auteur a reçu des louanges de ses confrères. L’histoire complète est prévue en 8 tomes.

Ma vie dans les bois n° 1
Ecoconstruction (Shin Morimura)

note: 5Temps forts dans la nature Olivier - 28 février 2018

Shin Morimura, auteur de manga presque quinquagénaire, décide du jour au lendemain en 2005 de partir vivre dans les bois... Lui qui adorait le confort et les motos va construire de ses mains une grande maison en rondin alors qu'il n'avait jamais touché un outil ! Tout apprendre en fabriquant lui-même au moindre coût et surmonter les découragements lui apportera une grande sérénité quotidienne. Dans le tome 2, rejoint par sa femme, il tentera d'obtenir l'autosuffisance alimentaire en développant le jardinage et la cueillette.

Ce manga autobiographique est très attachant. Instructif mais vivant, plein d'autodérision, de bonne humeur et de tendresse (notamment pour ses chiens), c'est un hymne au courage de ceux qui choisissent leur vie et s'en donnent les moyens.

Opération Copperhead (Jean Harambat)

note: 4God save the general! Olivier - 8 février 2018

« Opération Copperhead », c'est une histoire incroyable mais vraie du contre-espionnage britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit, selon une idée de Winston Churchill, de recruter en 1943 un sosie pour jouer en public le rôle du général Montgomery – le général en chef des forces alliées, alors surveillé par les espions nazis – et ainsi induire en erreur l'ennemi quant au lieu réel du Débarquement. Qui va former le sosie ? Deux militaires spécialistes du jeu d'acteur : David Niven, déjà comédien vedette avant-guerre et Peter Ustinov, jeune soldat rêvant de cinéma.

Jean Harambat, auteur en 2013 de l’excellent « Ulysse, les chants du retour », revient avec cette comédie burlesque, délicieux mélange d’humour british et de fantaisie d’espionnage digne des films de Capra, de Lubitsch et d’Hitchcock. Niven et Ustinov, c’est Blake et Mortimer version drôle !
Si le récit est basé sur les autobiographies des protagonistes, Harambat n’hésite pas à romancer l’ensemble avec l’introduction d’une superbe espionne, femme fatale qui fera perdre à Niven son flegme britannique…
L’album a reçu le Prix Goscinny 2018.

monde à tes pieds (Le) (Nadar)

note: 5Un monde de promesses Olivier - 30 janvier 2018

Le déclassement (qu'on appelle aussi « suréducation ») est un sujet actuel très important et pas seulement en Espagne d’où vient cette BD. C'est le fait d'obtenir un emploi nettement inférieur à son niveau de diplôme, voire pas d'emploi du tout pour les non qualifiés. Les héros des 3 histoires de ce recueil ne sont pas de jeunes diplômés galérant pour trouver un premier job mais des actifs depuis 5-10 ans avec beaucoup de désillusions...
Le troisième portrait est le plus intéressant : une diplômée supérieure, enlisée dans un job de démarchage téléphonique, semble condamnée à des revenus de survie lui interdisant toute dépense de plaisir. L'aigreur et la colère l'envahissent peu à peu. Un passionnant repas de famille va l'opposer à ses parents, des bobos aisés ayant «construit la démocratie espagnole » mais aveugles sur la situation de la jeunesse. La sœur de l'héroïne, qui a émigré en Angleterre et ment à leurs parents sur sa réussite là-bas, lui conseillera finalement une solution pas aussi défaitiste qu'en apparence : pour être heureux, il faut vivre le réel, suivre ses inclinations profondes et non pas prétendre vainement à « ce qui vous était promis ». D'ailleurs, promis par qui ? Bonne question !
Cet album est très belle découverte sur un sujet majeur de nos sociétés européennes.

Désintégration (Matthieu Angotti)

note: 4La politique au coeur Olivier - 19 janvier 2018

Une belle plongée dans la politique au sens concret, c'est-à-dire la construction dans les ministères d'un projet de réforme, racontée par celui qui l'a vécue en 2013. Mathieu Angotti est cependant un haut fonctionnaire atypique puisqu'il vient du monde des associations d'action sociale ( après être passé par HEC!), ce qui fait dire à ses collègues énarques qu'il est le « quota de société civile ».
L'ensemble est certes moins vibrionnant que le « Quai d'Orsay» de Christophe Blain mais le dessin sage et léché apporte une grande lisibilité et la narration, sérieuse mais claire, évite les pavés de textes assommants. Malgré l'échec de la réforme en question, cette histoire s'avère instructive, utile et agréable à lire.

Paroles d'honneur (Leïla Slimani)

note: 5La parole qui libère Olivier - 11 janvier 2018

Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016, n’hésite pas à changer de medium pour appréhender les problèmes contemporains avec volonté et courage : romans, récits, articles de presse et désormais BD.
Cet album est l'adaptation très réussie de son essai « Sexe et mensonge : la vie sexuelle au Maroc ». Les situations réellement vécues par des marocaines sont bien incarnées par les personnages, avec une belle fluidité pour associer les différents témoignages et d'excellents dialogues. Malgré la rudesse de la situation des femmes au Maroc et donc du propos, l’ensemble reste positif : Slimani pense que le simple fait de témoigner d'une situation, ici de blocages sociétaux, permet de la faire évoluer dans le bon sens. Très bon album, au-delà même du thème traité.

petite bédéthèque des savoirs
zombies (Les) (Philippe Charlier)

note: 4Des zombies et des hommes Olivier - 5 janvier 2018

Cette bande dessinée documentaire a été écrite par le Dr Philippe Charlier, médecin légiste que la médiathèque a reçu en novembre dernier pour une conférence qui fut un grand succès public et critique.
Les zombies en question dans cet ouvrage ne sont pas les cadavres ressuscités mangeurs d’humains à la mode depuis le film culte de Romero « La nuit des morts vivants » et le succès de la série « Walking Dead ». Les vrais zombies relèvent d’une pratique de manipulation mentale en Haïti où des individus sont privés de volonté par des drogues, des rites vaudous et des menaces. Ils deviennent les esclaves de ceux qui les ont «zombifiés», alors que leurs familles les croient décédés : un poison a simulé la mort, l’individu est enterré puis déterré secrètement, d’où l’idée de « morts revenus à la vie ». Une BD très instructive.

Culottées : des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent n° 1
Culottées (Pénélope Bagieu)

note: 3Destinées à être libres Olivier - 6 juin 2017

Ces 15 portraits de femmes qui ont inventé leur destin (petit ou grand) sont d'une lecture agréable et instructive. L'humour n'est pas systématique, ce qui est un bon choix éditorial de Pénélope Bagieu : « Les vie de ces femmes n'ont rien d'amusant » rappelle-t-elle.

Les personnages traités sont connus ou … pas du tout et l'ensemble propose une bonne variété de destins et d'époques. L'auteure évite opportunément l'écueil du féminisme primaire mais réussit à montrer que « […] quels que soient les pays ou les siècles, la vie est toujours plus dure pour les femmes »

Le public habituel de Bagieu, les féministes, les philogynes et les curieux seront comblés. Ce qui fait déjà pas mal de monde.

Scalped : intégrale n° 1
Scalped (Jason Aaron)

note: 5Décoiffant ! Olivier - 12 avril 2017

Excellent polar ethnique dans une réserve indienne, noir, violent, sale et... addictif. Le décor ? Misère, drogues, violences extrêmes, corruptions. Y a-t-il de vrais héros dans cette histoire ? Aucun personnage n'est en tout cas épargné ! Il serait étonnant que cela finisse par un happy end hollywoodien, mais le lecteur comprend vite qu'il n'est pas là pour ça.
La narration s'avère élaborée, avec beaucoup de flash-back qui éclairent des scènes parallèles et des ellipses. La lecture n'est cependant pas difficile, elle demande seulement à être attentive.
Faire la lumière sur les meurtres d'agent fédéraux dans la réserve dans les années 70 est le fil rouge de l'histoire. Il permet à la fois de structurer l'intrigue sur la longueur et de complexifier les personnages en révélant leurs évolutions depuis 40 ans.
Le dessin, à la fois costaud et jeté, s'accorde parfaitement avec le propos, sombre et violent.
Dans le genre « hardboiled », cette série publiée entre 2007 et 2012 est une très belle réussite et déjà un classique. Pour public averti bien sûr.

Histoire dessinée de la guerre d'Algérie (Benjamin Stora)

note: 5L'Histoire est incontournable Olivier - 31 mars 2017


Le sujet a longtemps été tabou ou polémique, et donc occulté. Beaucoup de Français ignorent à peu près tout de cette guerre civile dont certains acteurs ou témoins sont pourtant encore vivants.

Ce récit en bande dessinée des 8 années de conflit s'avère sérieux et clair, accessible à tous, à la fois chronologique et parfois thématique. L'expertise de Benjamin Stora, historien spécialiste de ce conflit, n'est plus à démontrer et propose une bonne contextualisation des faits. Les auteurs tentent autant que possible d'équilibrer les différents points de vue tout en rappelant en conclusion que « pour beaucoup aujourd'hui encore, la Guerre d'Algérie est une blessure ».

Sébastien Vassant (« La revue dessinée », l'excellent « Juger Pétain ») devient une valeur sûre de la BD documentaire, à suivre sur son nom. Il sait rythmer un album même traitant d'un sujet sérieux: la narration didactique est entrecoupée par des interviews, des témoignages qui apportent un effet de réel, de vivant, qui rapproche le lecteur du sujet.

Par ailleurs, son dessin filtre opportunément l'émotion parasite: dans un documentaire vidéo, la force des images d'époque hypnotise parfois le spectateur et leur impact émotionnel peut divertir celui-ci du propos. Ici, le dessin illustre juste ce qu'il faut, avec sensibilité cependant. Cette clarté constitue un des grands atouts de la BD documentaire, un genre en pleine expansion dont cet album est une réussite incontournable.

Tropique de la violence (Nathacha Appanah)

note: 4La violence de la littérature Olivier - 26 janvier 2017

Les tropiques, c'est pour Mayotte, nouveau département d'outre-mer qu'on imagine paradisiaque. La violence, c'est celle de la misère et d'une explosion sociale imminente. Cet îlot français entre Madagascar et l'Afrique recueille toute la pauvreté des îles Comores voisines. Des bidonvilles peuplés d'enfants et d'adolescents orphelins sont devenues des bombes à retardement pour la République. Une école du crime qui commence par les vols, puis viennent les trafics de drogues et parfois l'assassinat.
Natacha Appanah a écrit un livre très sombre, violent et sans doute réaliste. Chaque chapitre fait parler à la première personne un personnage différent, ce qui multiplie les points de vue et allège opportunément l'ensemble. Mais ce roman reste un coup de poing dans la figure du lecteur. Celui-ci n’appréciera pas forcément le procédé sur le moment mais se souviendra longtemps de cet ouvrage. La définition même d'un bon livre, non ?

Jessica Jones : Alias n° 1
Secrets et mensonges (Brian Michael Bendis)

note: 5Etre ou ne pas être... un héros Olivier - 15 novembre 2016

Et si Marvel s'occupait un peu des lecteurs adultes ?
L'un des deux grands éditeurs US de comics (avec DC Comics) a conquis un immense lectorat adolescent dès les années 60 avec des super-héros comme Spiderman, les X-men ou Dr Strange.
Au début du 21e siècle, il décide de publier également des versions plus adultes de certains personnages (Punisher, Wolverine...) ou de nouvelles créations, comme Jessica Jones. Le ton est plus sombre, plus violent, la sexualité des héros assumée et le langage peu châtié. Et l'humour noir ou grinçant s'invite de la partie.
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Jessica Jones, ancienne super-héroïne ayant suite à un drame lâché son costume bariolé pour un job de détective privé, vécut le temps de 28 épisodes rassemblés ici dans 2 volumes d'intégrale. L'adaptation depuis 2015 de cette série à la TV par Netflix est l'occasion de redécouvrir ce petit bijou.

Au fil des enquêtes, on croisera bien quelques super-héros mais il n'est pas question ici d'interminables et répétitifs combats de catch en collant. L'ambiance est plutôt celle d'un polar sombre, avec beaucoup d'échanges de courts dialogues, une marque de fabrique du scénariste Brian M. Bendis, incontournable auteur Marvel. Les personnages possèdent une profondeur et une présence marquantes, avec notamment une héroïne traumatisée par son passé de victime, qui lutte pour ne pas sombrer.
Ces histoires interrogent intelligemment sur le super-héroïsme. Disposer de pouvoirs extraordinaires ne rend pas forcément capable d'assumer un rôle de héros.

Descender n° 1
Etoiles de métal (Jeff Lemire)

note: 5Ennemis ou amis? Olivier - 2 novembre 2016

Dix ans plus tôt, la galaxie fut ravagée sans raison par une mystérieuse armée robotique venue de l'espace, qui disparut tout aussi inexplicablement. Les humains et autres races biologiques survivants se vengèrent alors sur leurs propres robots, soupçonnés de complicité, en les exterminant.
Qui étaient ces agresseurs ? Reviendront-ils un jour ?
Les réponses se trouvent peut-être dans le code informatique de Tim-21, seul survivant d'une lignée de droïdes à l'apparence d'enfant et dotés d'une intelligence artificielle proche de l'empathie humaine. Beaucoup de gens aimeraient s'emparer de Tim, mais pas forcément pour de bonnes raisons...

Les thèmes de cette histoire ne sont pas nouveaux et rappelleront divers romans et séries télé SF mais le scénariste Jeff Lemire a développé des personnages profonds et attachants. Tim et la pureté de ses sentiments révèlent par contraste les motivations bien moins nobles des autres protagonistes, que ce soit le goût du pouvoir absolu, la haine de l'autre, le besoin de boucs émissaires ou l'orgueil démesuré, le célèbre ubris du théâtre antique qui conduit inéluctablement l’être humain à son malheur.
L’intrigue progresse vite et bien, ce qui n'est pas toujours le cas hélas dans tous les tomes 1 ! Les dessins à l'aquarelle de Dustin Nguyen sont superbes et font de cette histoire passionnante l'un des meilleurs albums de l'année.
Seule réserve : une scène de torture assez crue impose de le recommander à un public grands ados / adultes.

Poison city n° 1 (Tetsuya Tsutsui)

note: 3Liberté surveillée Olivier - 19 octobre 2016

Comme à son habitude, Tetsuya Tsutsui traite avec talent d'un problème contemporain en une série très courte (2 tomes ici). En s'appuyant sur son expérience personnelle (la censure de son thriller « Manhole »), il se penche sur la liberté d'expression et nous révèle les coulisses de la création manga au Japon, où l'éditeur est en dialogue constant avec l'auteur et influe directement sur son œuvre.
La censure est entièrement mise à nue : loi potentiellement liberticide que l'on promet d'appliquer avec mesure (promesse non tenue bien sûr), concessions de plus en plus importantes demandées aux auteurs (autocensure, dénaturation de l’œuvre), asphyxie financière (en rendant les projets non rentables), rappel de ce que fut aux USA le Comics code authority et la croisade moralisatrice du psychiatre Wertham dans les années 50, etc.
Petits regrets : le propos sur la censure, très intéressant, semble être le personnage principal du récit, et confère à l'ensemble un ton un peu trop didactique. Par ailleurs,Tsutsui entrecoupe son récit par des extraits du manga d'horreur (avec des zombies) créé par son héros, mais les deux histoires ne se répondent pas assez.

Juger Pétain (Philippe Saada)

note: 5La BD documentaire à son sommet Olivier - 1 avril 2016

Cet album est adapté du film documentaire éponyme (2015) et basé sur les minutes du procès et les analyses des grandes plumes de la presse de l'époque (Kessel, Camus, Jacob, Mauriac...). Sébastien Vassant a cependant réalisé un vrai travail de créateur en utilisant au mieux son médium : pour éviter le côté statique et bavard d'un procès, il change de rythme, s'attarde sur un point particulier, use de métaphores visuelles et de respirations humoristiques bien intégrées (des strips d'humour anglais avec Churchill, un faux journal intime de Pétain). Les tenants et les aboutissants de l'histoire politique de la France des années 1930 à 1945 sont clairement exposés. N'ayez pas peur des pavés de texte, rien n'est lourd ou superflu. Même si l'on connaît tous la sentence (quoique!), ce procès se suit presque comme un feuilleton.
Le dessin, un brin rétro, se marie bien avec le sujet. La bichromie s'avère un bon choix pour éclairer le trait sans disperser le regard et l'attention.
Cette BD dense mais passionnante est une réussite totale et se suffit à elle-même, pour édifier le lecteur sur cette époque troublée et sur la nature des hommes de pouvoir en général.
Pétain, qui s'est tu pendant son procès et n'était pas homme à se confesser, restera cependant un mystère. Vassant l'admet volontiers : « Travailler sur le livre m’a surtout permis de saisir la complexité du personnage mais en rien cela n'a permis de comprendre et de justifier ses décisions et ses actes. »

Oeuvre non trouvée

note: 4Des regards extérieurs très éclairants Olivier - 17 mars 2016

Courrier International est un hebdomadaire qui traduit en français des articles d'actualité de la presse internationale. Tous les continents sont présents dans ses pages ainsi qu'une belle variété d'opinions politiques. C'est donc un kaléidoscope étonnant mais contextualisé de faits (importants et parfois inconnus) et de points de vue (étonnants voire déstabilisants) que l'on ne retrouve guère dans son journal habituel, surtout s'il est télévisé.
Ce magazine apporte une bouffée d'oxygène bienvenue pour comprendre le monde et pour éviter que nos neurones ne tournent en rond devant le 20h...

prépondérants (Les) (Hédi Kaddour)

note: 5Magnifique fresque de la métamorphose d'un monde Olivier - 25 février 2016

Ce roman foisonnant de magnifiques personnages dépeint la fresque d'un monde qui va bientôt disparaître, celui de l'Europe dominante et de ses colonies. Dans cette ville d'un protectorat français en Afrique du Nord, les équilibres sociaux et ethniques semblent solides en cette année 1922. L'irruption d'américains décomplexés politiquement et moralement sera le révélateur des métamorphoses inéluctables en cours. Les tourments à venir (fascisme, guerre et décolonisation) sont déjà là en germes.

Les personnages s'avèrent complexes et couvrent tout le spectre de ceux qui comptent dans cette société : bourgeois coloniaux arrogants, caïd local habile politicien, jeune veuve arabe lettrée à la liberté très surveillée, journaliste parisienne libérée, brillant élève autochtone rêvant d'égalité, colon profondément épris de sa terre...
Mais Hédi Kaddour n'enferme aucun de ses protagonistes dans des clichés. Tous sont finement ciselés et cherchent à s'émanciper d'une façon ou d'une autre, d'une condition d'indigène, de celle de femme soumise ou de colon forcément allogène.
Mais si leurs espérances sont différentes, un thème les unit : l'éveil des consciences.
Le lecteur en sera d'autant plus touché que l'écrivain s’abstient d'imposer une vision ou une idéologie.

Écrit dans un style d'une rare élégance, ce beau roman de la rentrée 2015 est, tout comme « Boussole » de Mathias Enard, l'un des plus édifiants de la puissance évocatrice de la littérature et de la félicité qu'en retire le lecteur.

Darwin's game n° 1 (Flipflops)

note: 5Entrez dans le jeu ! Olivier - 17 février 2016

Cette nouvelle série commence très fort. En quelques pages, le héros et le lecteur sont plongés dans l'action et le suspens avec un zeste de fantastique. Le sujet est certes à la mode (un jeu mortel par élimination, mâtiné de nouvelles technologies) et rappellera forcément d'autres bandes dessinées et romans.
Bonne initiative cependant, le récit ne se passe pas en huis-clos (l'habituelle île ou forêt) mais en pleine ville contemporaine. Le rythme est soutenu, la narration parfaitement claire et très divertissante.
Qui se cache derrière ce jeu cruel ? La touche fantastique et la chute finale de ce tome ouvrent un questionnement captivant sur l'évolution de l'espèce humaine (et peut-être... DES espèces humaines?)

Le dessinateur se montre très à l'aise dans les scènes de mouvement et d'action. Le sang gicle certes abondamment lors des affrontements mortels, mais sans insister sur le gore.

Cette série ado-adulte très réussie s'avère par ailleurs assez représentative de la volonté des mangakas de coller au lectorat et à leur époque (applications sur smartphones, jeux vidéos, jeux par élimination...). Y a-t-il beaucoup de BD franco-belges qui utilisent le quotidien des jeunes adultes actuels pour en faire un thriller ?
Cerise sur le gâteau, le rythme ne s'essouffle pas dans les tomes suivants ! Entrez donc dans la partie...

Fatherland (Nina Bunjevac)

note: 5Quelle est votre identité ? Olivier - 26 novembre 2015

Nina Bunjevac raconte la vie de son père, nationaliste yougoslave opposant de Tito, qui s'exila au Canada. Mais elle relate aussi l'histoire mouvementée de toute sa famille sur plusieurs générations puisque ses ascendants avaient déjà émigré en Amérique avant de rentrer en Europe. L'auteure dresse ainsi un panorama passionnant de la Yougoslavie au XXe siècle, à la fois sensible et didactique, passant sans cesse de la grande histoire à la petite. Elle réussit surtout à garder ses distances avec l'émotion facile. L'auteur ne juge pas, quels que que soient les actes commis, et fait confiance au lecteur pour se faire une idée. Le questionnement porte sur l'identité, qu'elle soit nationale ou personnelle, et comment celles-ci interagissent.
Le dessin, composé d'aplats, de hachures et de points, est un noir et blanc magnifique qui tend vers le réalisme photographique. Une technique pas vraiment nouvelle en graphisme mais finalement peu fréquente en BD.
Fatherland est un très bel album, original et graphiquement frappant, qui traite avec beaucoup de finesse et de pudeur d'une histoire familiale et de celle d'une nation qui se regardent comme dans un miroir.

Amazigh (Cédric Liano)

note: 4Itinéraires d'un homme Olivier - 20 novembre 2015

Les Amazigh (« hommes libres ») sont une ethnie installée en Afrique du nord bien avant les invasions romaines et arabes. Privés d'avenir chez eux, de jeunes marocains tentent de passer en Europe, mirage de vie facile, parfois incités par leurs propres parents.
En 2002, des passeurs vont emmener Mohamed et ses amis aux Canaries (îles espagnoles au large du Maroc).
La peur, l'abandon, le racisme et la violence seront au rendez-vous de cette aventure finalement assez désespérée et vaine car improvisée. La vie des clandestins se résume à de la survie : trouver de la nourriture, un abri pour dormir et échapper à la police, le tout sans parler la langue locale. Arrêté, il faut faire croire que l'on est mineur, donc non expulsable.
Mohamed sera finalement refoulé et trouvera sa voie dans son pays en devenant un artiste reconnu.
Cédric Liano a enregistré l'histoire vraie d'Arejdal et la restitue d'une façon très vivante. Le lecteur est embarqué dans cette aventure qui mêle l'espoir et le désespoir, ainsi qu'une réflexion sur les territoires. La narration est entrecoupée de séquences énigmatiques qui se révéleront être une performance de l'artiste Arejdal...
Ce récit très réussi s'avère d'une actualité brûlante. Il est par ailleurs parfaitement complémentaire de deux autres albums disponibles à la médiathèque : Clandestino (excellente fiction bien documentée) et Les ombres, sublime album dessiné par Hippolyte qui lui traite métaphoriquement et poétiquement de cette immigration.

Pas pleurer (Lydie Salvayre)

note: 4Que reste-t-il d'une vie? La liberté et l'amour ! ... Olivier - 22 octobre 2015

Les prix Goncourt se suivent et ne se ressemblent pas. Et tant mieux ! La littérature est affaire de curiosité et de diversité plus que de clonage ad nauseam.

Après Jérôme Ferrari en 2012 (l'exigeant « Sermon sur la chute de Rome ») et Pierre Lemaitre en 2013 (le polar historique « Au revoir là-haut »), Lydie Salvayre recevait donc le prestigieux prix en 2014, quelques mois après... avoir été invitée à notre médiathèque (heureuse conjonction!)

Pas pleurer est un ouvrage enthousiasmant, écrit dans le style habituel de l'auteur, élégant et parfois sarcastique, auquel s'ajoute le « français bancal » de sa mère, délicieusement truffé de barbarismes espagnols.
Le récit nous plonge au cœur d'un village rural, dans un bouillonnement de passions humaines exacerbées par la guerre civile espagnole. Salvayre fait renaître avec justesse la jeunesse de sa mère, et surtout ce souffle de liberté absolue (politique et amoureuse) qui ne durera que quelques mois mais dont le souvenir l'habitera jusqu'à sa mort.
L'écrivaine ironise aussi bien entendu sur l'opportunisme politique, l'immoralité de l'ordre social moyenâgeux de l'époque et les diverses lâchetés (des Hommes et des nations) que ces périodes troublées attisent.
Ce livre est également un respectueux hommage à l'honnêteté intellectuelle, celle de Georges Bernanos, grand écrivain catholique et conservateur qui, témoin de crimes franquistes perpétués avec la complicité du haut clergé espagnol, n'hésitera pas à les dénoncer au péril de sa vie.

Lune est blanche (La) (Emmanuel Lepage)

note: 5Magnifique et passionnant voyage dans un autre monde Olivier - 20 octobre 2015

Après les terres australes et Tchernobyl, Lepage nous emmène avec lui en Antarctique. C'est vraiment le cas de le dire car le lecteur vit littéralement ce voyage dans cet autre monde à la fois magnifique et désolé (d'où le titre se référant à la Lune). Le continent blanc est un lieu quasi vide d'animaux mais riche de quelques humains passionnés, curieux, avenants et rêveurs.

La vie de ces scientifiques de l’extrême est un mélange de monotonie et de stress dû à l'isolement et aux problèmes logistiques parfois vitaux.
Lepage réussit à conter sur plus de 200 pages captivantes à la fois son périple, l'histoire de la conquête du 6e continent, ses rapports avec son frère, les enjeux pour la planète de ces missions et la philosophie de ces chercheurs et techniciens qui poursuivent la longue quête millénaire de la Connaissance. Didactique dans le bon sens du terme, avec un suspens et une tension constants. Une superbe réussite.
Seule frustration : que le récit s'arrête après l'arrivée à Concordia. On en voudrait davantage !

Graphiquement, Lepage a testé différentes solutions avant de se décider à utiliser principalement le noir et blanc, pour des questions de rythmes, réservant la couleur aux moments plus contemplatifs. Les quelques photos de son frère enrichissent l'expérience visuelle.

Avec ce magnifique et passionnant ouvrage, Lepage démontre une fois de plus sa virtuosité graphique, sa maîtrise et sa sensibilité narrative ainsi que la grande puissance d'incarnation de la bande dessinée.

Yékini, le roi des arènes (Lisa Lugrin)

note: 4L'Afrique qui lutte Olivier - 24 juin 2015

La lutte traditionnelle au Sénégal, voilà un sujet original pour une bande dessinée !
Ce sport, qui s'entoure d'un cérémonial spirituel comme le sumo au Japon, est là-bas encore plus populaire que le football.
Les grands lutteurs sont des stars et l'on va suivre les parcours et les affrontements de trois d'entre eux : Yékini , enfant pauvre devenu l'indétrônable roi des arènes depuis des années, humble et respectueux ; Tyson, qui s'inspire du sport business à l'américaine pour faire le show dans les médias et augmenter ses primes de match ; et puis Balla Gaye 2, le jeune qui veut tout écraser sur son passage...
Pour écrire cette histoire, les auteurs sont allés sur place plusieurs mois et ont même rencontré ces champions puisque les personnages de cette BD sont inspirés de personnes réelles.
Le dessin en noir et blanc, très expressif, est entrecoupé de temps en temps par des photos en couleurs parfaitement intégrées à la narration.
Cet album passionnant permet de dresser le portrait du Sénégal des années 2010 où la politique, les médias, les sponsors occidentaux, l'argent, et la jeunesse qui bouillonne se mêlent dans une fresque pleine de vie.
Prix Révélation au Festival d'Angoulême 2015 (amplement mérité!)

Moi, assassin (Antonio Altarriba)

note: 5L'art de tuer Olivier - 13 mai 2015

Après la vie de son père pendant le franquisme (le remarquable « L'art de voler »), Altarriba s'attaque à la sienne en la transformant quelque peu (enfin on l'espère !). On suit donc le quotidien de ce professeur, entre sa vie privée piteuse et sa carrière universitaire encombrée par les minables luttes de pouvoir, le séparatisme basque, les cancans et les promotions partiales. Mais sa vraie vie est ailleurs : il tue. Sans sadisme ni remord. Chaque mort est pensée comme une œuvre.
Altarriba nous fait entrer dans l'esprit de son personnage dès les premières cases et on se surprend à parvenir à la fin de l'album sans avoir pensé aux victimes. Tout est cohérent (et donc dérangeant). Cet album, certes rude, n'est ni glauque ni complaisant. Le sujet principal est d'ailleurs plus l'Art et le pouvoir que le crime.
Une citation : « Je sais bien que l'artiste pur n'attend aucune reconnaissance. Il peut, et même il doit se passer de public. Je ne cherche pas à être applaudi mais à observer les réactions provoquées par mon œuvre... »
Le dessin est un superbe noir et blanc, taché de rouge. Keko a donné aux personnages les vrais visages d'Altarriba et de ses confrères. Une forme d'humour noir qui ajoute un peu d'ironie.
Par sa maîtrise narrative, l'intelligence du propos, la culture partout affleurante et le questionnement sur l'Art et le pouvoir, c'est un des grands albums de l'année. A ne pas manquer, et bien sûr pour adultes.

île aux femmes (L') (Zanzim)

note: 3L'île des beautés Olivier - 5 mai 2015

Après avoir dessiné l'excellent « Sirène des pompiers » sur un scénario du non moins excellent Hubert (« Miss pas touche »), Zanzim se lance en solo. Il se moque ici gentiment des hommes, de leurs fantasmes et des rapports entre les sexes. Cette fable humoristique est bien rythmée jusqu'au bout, avec un surprise finale classique mais efficace. L'humour est grinçant (envers le héros un brin machiste) mais la tendresse et l'émotion pointent aussi au rendez-vous. Les lettres écrites par les poilus, astucieusement utilisées dans l'intrigue, deviennent un hommage poétique à l'Amour, auquel les terribles amazones ne sont finalement pas insensibles (ouf!)...

Le dessin est la fois drôle, élégant et expressif. La lecture s'avère rapide mais l’œil prend néanmoins du plaisir, s'attardant ici ou là. Hubert, qui s'occupe des couleurs, est comme d'habitude, impeccable.

Cet album procure un bon moment de détente pour sourire de temps en temps, sans être une révolution ni pour la bande dessinée, ni pour les rapports hommes-femmes. Une comédie légère qui détend, pourquoi s'en priver en ces temps maussades ?...

Ulysse (Jean Harambat)

note: 5Un regard nouveau et brillant sur un mythe Olivier - 29 avril 2015

Par son dispositif narratif alternant le passé et le présent, Jean Harambat réussit l'exploit d'éclairer d'un regard nouveau mais fidèle un mythe millénaire.
La narration est intelligente et accessible. Les interventions des contemporains ne nuisent pas à la fluidité et au rythme et se révèlent même être des respirations bienvenues et éclairantes. Les thèmes traités sont universels et intemporels : l'amour, la loyauté, l'amitié, la famille, mais aussi l'homophrosuné, c'est-à-dire la communauté de pensées et de sentiments qui lie deux personnes mariées
Le dessin est tout aussi enchanteur, le trait simple s'appuyant sur de lumineuses couleurs aux tons de bois, de vert olive et de blanc laiteux.
Une magnifique réussite à ne pas rater !

véritable histoire de Futuropolis (La) (Florence Cestac)

note: 4Une grande aventure... éditoriale Olivier - 29 janvier 2015

Futuropolis, c'est une mythique maison d'édition de bande dessinée (1972-1994). Mythique car créée par des artistes comme Florence Cestac ( Grand Prix d'Angoulême pour l'ensemble de son œuvre et auteur de cette album) et Etienne Robial (grand directeur artistique, créateur d'identités visuelles comme celle de canal+).
Mythique surtout pour la qualité exceptionnelle des livres publiés, que ce soit leurs contenus ou leurs formes.

Cestac raconte cette aventure éditoriale avec passion, rigueur mais aussi humour, dans son style « gros-nez » bien connu. Y compris lorsque son couple à la ville avec Robial explose, ce qui lui donnera l'idée de son célèbre album « Le démon de midi », adapté en spectacle à succès par Michèle Mercier.

Cette BD est passionnante, pas seulement pour les bédéphiles mais aussi pour tous ceux qui voudront (re)vivre cette période de grande créativité où tout semblait possible. Quant aux plus jeunes, ils découvriront un monde étrange, celui d'avant les ordinateurs, lorsque la composition d'une publication se faisait avec des ciseaux, de la colle et des équerres !

vision de Bacchus (La) (Jean Dytar)

note: 4Un tableau remarquable Olivier - 27 janvier 2015

La peinture et la quête ultime des artistes vénitiens (incarner la grâce absolue et fixer sa beauté pour l'éternité) sont certes les sujets de fond de cet album mais Jean Dytar raconte avant tout la vie d'Antonello de Messine en s'attachant à l'homme.
La narration s'avère fluide et plaisante, sans aucune lourdeur didactique. Les rapports maître/élève et la concurrence naturelle entre créateurs sont bien rendus. Les citations graphiques d’œuvres du Quattrocento ne perturbent pas la lecture, qu'on les repère ou pas !

Cette BD est donc un très bel hommage aux grands maîtres de la Renaissance vénitienne (Giorgione, Bellini, Titien, Messine...) et donne envie d'en savoir plus sur eux.
Le site de l'auteur (www.jeandytar.com) propose d'ailleurs un excellent dossier documentaire sur la peinture de cette époque (camera obscura, peinture à l'huile, références historiques...).

Ce projet ambitieux et grand public est une belle réussite.

Match (Grégory Panaccione)

note: 4Match gagné ! Olivier - 14 novembre 2014

Sacré exercice de style : une bd muette qui relate un match de tennis en intégralité, point par point, échange par échange. Pari dingue voire impossible mais … pari réussi !
Panaccione truffe son récit de burlesque et le match est aussi prenant que drôle. La rencontre oppose un très sérieux joueur anglais à un français plus dissipé, digne de Gérard Depardieu ! (il joue de mieux en mieux à mesure qu'il picole, chausse des tongs quand il perd une chaussure, etc.)
Le dessin, dynamique et expressif, apporte aussi beaucoup au plaisir de cette lecture inattendue et savoureuse...

Clandestino (Aurel)

note: 4Un grand reporter à suivre sans hésitation Olivier - 29 octobre 2014

Aurel, dessinateur de presse, se lance ici dans un récit inspiré de ses reportages. L'immigration clandestine y est racontée à hauteur d'homme, avec la densité pédagogique d'une bd documentaire mais il s'agit d'une vraie fiction, très réussie.
Il parvient dès les premières planches à nous faire croire à son héros journaliste Hubert Paris, que l'on suit dans son enquête faite de rendez-vous annulés, d'officiels maniant la langue de bois et de belles rencontres imprévues. Sans oublier des plans de drague qui ne fonctionnent pas toujours ! Faussement flegmatique, Hubert découvre les accords internationaux cyniques, les fonctionnaires corrompus et l’utilisation en Espagne d'une main d’œuvre clandestine quasi esclave.
Les dialogues sont excellents et nous révèlent les dessous des immigrations choisie et clandestine entre le Maghreb et l'Europe (main d’œuvre très utilisée dans le sud de l'Espagne qui nous inonde de médiocres fruits et légumes à faible coût)
Le dessin est légèrement caricatural et le découpage bien rythmé. Seul regret : la couverture, assez grave, reflète sans doute la dureté du sujet mais pas la façon dont il est traité dans cette BD. La barque remplie de clandestins est certes symbolique mais demeure anecdotique dans cette histoire (la traversée n'est pas montrée)
Sur un sujet dur et lourd, Aurel a réalisé un album très vivant, riche en informations, jamais glauque ni donneur de leçon. Une belle réussite.

Un marron n° 1
Caf' la bou (Denis Vierge)

note: 4Une belle découverte Olivier - 8 octobre 2014

La préface de cet album, écrite par une archéologue, nous apprend que cette reconstitution de la vie des marrons est basée sur les dernières recherches disponibles (notamment archéologiques) et non sur les habituels récits de l'époque, tous écrits par des propriétaires et des chasseurs d’esclaves.
Mais si le fond est historiquement fouillé, Denis Vierge réussit à rendre vivant et captivant le quotidien de ses personnages. Ulysse est la liberté sauvage incarnée : il s'est auto-affranchi des colons mais reste également indépendant des autres marrons, regroupés en villages itinérants. Il n'hésite pas à tuer si besoin et prend une compagne de force. Mais le lecteur s'attache à lui et suit son destin avec passion. Autre portrait très intéressant : sa compagne, réduite à la condition de simple servante domestique et sexuelle, va peu à peu s'affranchir elle aussi de son nouveau maître.
Le dessin est en partie inspiré d' illustrations anciennes. Mais le découpage très lisible et l'utilisation parfois expressionniste des couleurs dynamisent remarquablement l'ensemble.
Très visuel (mais sans une case de trop), bien rythmé et sans doute historiquement juste, cet album publié par un petit éditeur réunionnais s'avère une très belle découverte.

colère de Fantomas (La) n° 1
colère de Fantômas (La) (Olivier Bocquet)

note: 4Diaboliquement beau Olivier - 19 août 2014

Graphiquement, l'album est superbe, de la couverture à la dernière planche. C'est très créatif, avec un style expressionniste et coloré, original et déjà bien maîtrisé, sombre, sanglant et cartoonesque à la fois ! La jeune dessinatrice québécoise Julie Rocheleau est une belle découverte et déjà un coup de cœur.

Quant à l'histoire elle-même, c'est un retour aux bases du Fantômas original, celui des romans de Souvestre et Allain, très éloigné des adaptations cinématographiques fantaisistes avec Jean marais et Louis de Funès. Le scénariste Olivier Bocquet nous livre le portrait d'un être purement démoniaque, le premier Super-vilain de l'histoire ! Il n'y a pas d’ambiguïté et on n'est pas là pour rire, sauf avec le diable.
Le scénario est rythmé et défile (trop?) vite sous nos yeux. Hormis quelques détails dans l'intrigue, il n'y a rien à reprocher à l'album, si ce n'est la frustration de devoir attendre la suite ! La série est prévue en 3 tomes.

Tyler Cross n° 1 (Fabien Nury)

note: 4Noir c'est noir (et jubilatoire) Olivier - 27 mai 2014

Quand deux très talentueux auteurs s'associent et que leur éditeur met le paquet pour la promotion de l'album, il arrive que la déception soit à la hauteur de l'attente. Ce n'est pas du tout le cas ici : C'est du solide, du lourd, du brutal, comme le héros de cette histoire ! Fabien Nury synthétise ici tous les codes des récits pulp américains (littérature et cinéma). Les ingrédients (personnages, intrigue, situations...) ressemblent donc à première vue à une belle collection de clichés. Mais c'est la façon dont le scénariste les accommode qui fait toute la différence. Les dialogues et les narratifs sont excellents et donnent le ton et la saveur de l'album, cynique à souhait.
Côté dessinateur, je suis un admirateur de Brüno depuis longtemps donc son style très reconnaissable (ligne claire et aplats noirs) m'a encore enchanté. Son dessin désamorce élégamment la violence omniprésente de cette histoire.
Que manque-t-il pour en faire un chef d’oeuvre ? Peut-être 2-3 coups de théâtre supplémentaires ou bien un personnage totalement imprévisible.
Le succès critique et public aidant, une deuxième aventure de Tyler Cross est en préparation.

Cosmik Roger n° 1-2-3 (Julien Solé)

note: 4Roger, sauveur de l'humanité ? Olivier - 20 janvier 2014

Dans le futur, les 45 milliards d'humains se sentent un peu à l'étroit sur Terre...
Un homme est donc désigné pour sauver l'humanité en parcourant l'univers à la recherche d'une planète vierge à coloniser.

Problème : notre héros ne s'appelle pas Bruce Willis, Luke Skywalker ou Valérian, mais Cosmik Roger !
Et Roger est un sympathique paresseux, porté sur la bouteille et obsédé par les femmes (la réciproque n'est pas vraie). Il va donc passer plus de temps à provoquer des catastrophes qu'à réussir sa mission...

Les albums de Cosmik Roger (7 disponibles à ce jour) sont des recueils d'histoires courtes parues dans la revue Fluide Glacial. Ce volume 1 de l' intégrale permet de lire d'une traite les 3 premiers albums. C'est très appréciable car la série ne décolle vraiment qu'à partir du tome 2, quand Mo CDM en devient le scénariste : les histoires, les dialogues et les gags s'améliorent sans cesse et le tome 3 est assez hilarant.
Le dessin, drôle et fouillé, participe aussi grandement au plaisir de la lecture et la galerie d'extraterrestres croisée par Roger vaut largement celle de Star Wars (rappelons par ailleurs que l'équipe de Georges Lucas s'était pas mal inspirée de Valérian, série BD française culte que nous possédons également).

Et n'oubliez pas que nous sommes abonnés à Fluide Glacial et que vous pouvez emprunter les anciens numéros pour suivre d'autres aventures de ce cher Roger...

ligue des gentlemen extraordinaires (La) (Alan Moore)

note: 5Palpitant, drôle et intelligent Olivier - 24 septembre 2013

Dans une Angleterre victorienne alternative, un groupe de super-héros est constitué pour défendre la Couronne...

Géniale idée du scénariste : plutôt que d'inventer de nouveaux héros, il les a puisés dans la littérature populaire du 19e siècle : le Dr Jeckyll (imaginé par Robert Louis Stevenson), l'homme invisible (de H.G. Wells), le capitaine Nemo (créé par Jules Verne), Mina Murray (héroïne du Dracula de Bram Stoker) et Allan Quatermain vont combattre de terribles ennemis, humains ou martiens, mais aussi affronter leur ego démesuré et leurs névroses de surhommes.

Chef d’œuvre écrit par Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta), l’un des plus grands scénaristes de bande dessinée au monde. Que dire de ces récits d'aventures palpitants, truffés d'humour anglais, de clins d’œil à la culture populaire et saupoudrés d'une touche de fantastique ? Que tout le monde y trouvera son compte, du lecteur occasionnel au bédéphile éclairé.

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